



On demande aux bâtiments de participer à la transition énergétique. Encore faut-il que leurs toitures puissent supporter les équipements nécessaires. Avec Solar Light TPO, présenté le 7 octobre par Holcim Elevate et HELIUP, l’association d’une membrane d’étanchéité et de panneaux photovoltaïques légers cherche à lever cette contradiction. Au-delà du lancement d’un produit, c’est un marché de rénovation et de diversification qui se dessine pour les professionnels de la toiture.

À force de parler de surfaces disponibles, on finirait presque par considérer chaque toiture d’entrepôt, de magasin ou d’usine comme une centrale photovoltaïque qui s’ignore. Vue du ciel, la démonstration paraît évidente : les mètres carrés sont là, les bâtiments consomment de l’électricité et le soleil ne réclame aucune emprise foncière supplémentaire. Sur le chantier, l’équation est beaucoup moins simple.
Une charpente existante ne gagne pas de capacité portante parce que son propriétaire souhaite produire de l’énergie. Une étanchéité vieillissante ne devient pas un support durable parce qu’un projet solaire affiche une rentabilité attractive. Et un exploitant peut difficilement accepter que la transformation de sa toiture perturbe son activité ou impose des travaux de structure disproportionnés.


C’est cette distance entre l’ambition énergétique et la réalité constructive qu’Holcim Elevate et HELIUP ont placée au centre de leur conférence de presse. Leur réponse, Solar Light TPO, associe la membrane UltraPly TPO d’Elevate aux modules photovoltaïques STYKON d’HELIUP, directement collés sur cette membrane. Le système affiche une masse d’environ 7 kg/m², membrane comprise, contre 15 à 20 kg/m² pour les systèmes standards pris comme référence par les deux partenaires.
L’enjeu est concret : rendre envisageable le photovoltaïque sur des toitures pour lesquelles le poids d’une installation conventionnelle constitue aujourd’hui un obstacle.
L’intérêt du partenariat tient à la réunion de deux compétences qui doivent travailler ensemble sur une toiture solaire. Elevate apporte la membrane, l’expérience de l’étanchéité et son réseau d’applicateurs. HELIUP apporte une technologie photovoltaïque légère issue de travaux menés au CEA et à l’Institut national de l’énergie solaire.
Dans cette configuration, la réfection de l’étanchéité devient le point de départ d’un projet de production électrique. Cela évite d’aborder séparément deux investissements dont les durées de vie et les conditions de maintenance sont étroitement liées. Installer des panneaux destinés à fonctionner pendant plusieurs décennies sur un complexe de toiture qui nécessitera bientôt une intervention lourde reste, en effet, une mauvaise manière de préparer l’avenir.
Les partenaires ont engagé le développement commun en janvier 2026. Le procédé a obtenu, le 28 août, un avis favorable dans le cadre d’une Enquête de Technique Nouvelle, délivrée par Sud Est Prévention. Son lancement commercial est intervenu le 7 octobre 2026.
Le module STYKON repose sur des cellules en silicium cristallin et une encapsulation brevetée. Sans cadre, il conserve un verre protecteur. HELIUP annonce une masse de 4,7 kg/m² pour le module et un rendement supérieur à 20 %.
Les panneaux sont fabriqués au Cheylas, en Isère. Selon les données présentées lors de la conférence, l’usine dispose d’une capacité de 100 MWc par an, soit environ 500 000 m² de panneaux. HELIUP fait également état de 38 centrales installées en France et en Europe depuis 2024. Ces références concernent son activité photovoltaïque et ne doivent pas être confondues avec autant de réalisations du nouveau système Solar Light TPO.
La garantie annoncée porte sur la puissance des modules pendant 25 ans, avec un niveau supérieur à 89 % à cette échéance. Il s’agit d’une garantie de performance du panneau, distincte des garanties d’étanchéité et d’une garantie de production annuelle de la centrale, laquelle dépend notamment du site, de l’installation et de son exploitation.



Les modules se fixent au moyen de bandes adhésives butyle double face appliquées en usine. Ils sont ensuite collés sur la membrane UltraPly TPO. Le dispositif supprime les rails rapportés et le lestage, ainsi que les fixations traversantes propres à la fixation des panneaux.
La membrane conserve, pour sa part, une fixation mécanique au support. Cette distinction compte : l’absence de percement annoncée concerne la fixation photovoltaïque et ne signifie pas que le complexe d’étanchéité est intégralement posé sans fixation.
UltraPly TPO est proposée en épaisseurs de 1,5, 1,8 et 2 mm. Ses lés, de 1 ou 1,5 m de largeur dans le procédé présenté, sont assemblés par soudure à l’air chaud. La teinte claire de la membrane contribue à limiter l’échauffement de la toiture. L’épaisseur de 2 mm est notamment mise en avant pour les toitures faisant l’objet d’interventions régulières de maintenance.
Les fabricants annoncent une pose jusqu’à deux fois plus rapide que celle des systèmes traditionnels comparés. La suppression des rails et des opérations de montage associées explique ce gain potentiel. Il faut néanmoins le rapporter au chantier concerné : accès, préparation du support, calepinage, raccordements et organisation des travaux restent déterminants.
La faible masse peut aussi permettre d’éviter des renforcements de charpente et de faciliter le maintien de l’activité du bâtiment. Ces avantages se vérifient projet par projet. Une charge réduite ne dispense pas de vérifier la capacité du support ni les conditions d’intervention sur un site occupé.
Le support de conférence décrit trois configurations de mise en œuvre. La première permet une réfection avec conservation du complexe isolant existant et de l’ancienne étanchéité, sous les conditions prévues par le procédé. Une couche de séparation précède la nouvelle membrane TPO, sur laquelle les modules sont collés.
La deuxième concerne le neuf ou une réfection complète, après dépose du complexe d’origine. Elle prévoit un isolant support de classe C et un pare-vapeur adapté à l’étude hygrothermique.
La troisième accompagne une rénovation thermique avec ajout d’une sur-isolation en laine de roche de classe C, d’au moins 27 mm selon le support présenté. Elle permet de combiner l’amélioration thermique de la toiture avec la nouvelle étanchéité et la production photovoltaïque.
Cette diversité de configurations est particulièrement intéressante pour les entreprises de rénovation. Elle ouvre la possibilité d’adapter l’intervention à l’état de la toiture, plutôt que d’imposer systématiquement une dépose complète. La conservation de l’existant demeure toutefois conditionnée à son diagnostic, notamment lorsque l’isolant est de classe B.
L’avis favorable de l’ETN est annoncé valable jusqu’au 28 août 2029. Les documents font également état d’un classement au feu extérieur Broof(t3) et de certifications IEC pour les modules. Les essais présentés portent notamment sur la tenue au vent, les cycles thermiques, la chaleur humide et la résistance à la grêle.
Ces éléments donnent aux prescripteurs, aux bureaux de contrôle et aux entreprises une base d’évaluation du procédé. L’ETN du système ne doit cependant pas être confondue avec le Document Technique d’Application de la membrane UltraPly TPO.
Le domaine d’emploi présenté comprend des supports en béton, en bois et en tôles d’acier nervurées, ces dernières avec une épaisseur minimale annoncée de 0,75 mm. Le support de conférence indique des pentes de 3 à 100 % et une hauteur maximale de bâtiment de 30 m au faîtage. Les partenaires évoquent également des architectures particulières, notamment les sheds et les formes courbes, à examiner dans les conditions techniques applicables.
La mise en œuvre comporte des prescriptions précises : support sec, température de pose comprise entre 5 et 40 °C, marouflage uniforme et installation des panneaux dans les 24 mois suivant la pose de la membrane. Des chemins de circulation permettent les interventions ultérieures. Le remplacement d’un module est prévu par séparation du joint butyle ou par réparation locale de la membrane suivant la configuration.
Les partenaires présentent le procédé comme assurable en décennale. Pour l’entreprise, la couverture doit correspondre aux activités effectivement réalisées et au procédé employé. La formation, les qualifications demandées et les conditions de l’assureur font donc partie de la préparation du chantier.
L’analyse économique présentée lors de la conférence repose sur un écart particulièrement parlant : dans les hypothèses avancées par les intervenants, un kilowattheure revendu rapporte 1,1 centime d’euro, tandis qu’un kilowattheure acheté au réseau coûte environ 14 centimes. Ces valeurs servent à illustrer leur raisonnement et ne constituent pas des tarifs universels applicables à tous les projets.
Sur cette base, un kilowattheure produit et consommé sur place représente une valeur brute près de treize fois supérieure à celle du même kilowattheure revendu. Pour le propriétaire, l’intérêt consiste donc à remplacer une partie de l’électricité achetée par sa propre production. La surface équipée doit être mise en relation avec les besoins réels du bâtiment et les horaires de consommation.
À titre d’illustration, 100 000 kWh entièrement autoconsommés correspondraient, au prix d’achat retenu dans la présentation, à 14 000 euros d’achats d’électricité évités par an. La revente de cette même quantité, à 1,1 centime par kWh, représenterait 1 100 euros de recettes. Ce calcul illustre l’écart de valorisation, avant prise en compte de l’investissement, des frais d’exploitation et des composantes de facture effectivement évitables. Il ne constitue pas une simulation de rentabilité d’une installation Solar Light TPO.
Magasins, sites industriels et bâtiments tertiaires présentent ainsi un intérêt particulier lorsque leur consommation coïncide avec les heures de production. Le taux d’autoconsommation devient un paramètre central : la part consommée sur place et le surplus vendu n’ont pas la même valeur économique.
Le raisonnement financier ne s’arrête pas au prix du kilowattheure. La présentation met en avant la possibilité d’éviter un renforcement de charpente lorsque la structure existante accepte la charge du système léger. Cette économie potentielle peut rendre envisageable un projet qui aurait été pénalisé par des travaux de structure importants.
Le cas de magasin présenté compare également une intervention conventionnelle comportant fermeture du site et renforcement de charpente avec une installation légère permettant de maintenir l’exploitation. Pour un commerçant ou un industriel, éviter une interruption d’activité représente un avantage économique supplémentaire, dont la valeur dépend de l’établissement concerné.
La réduction annoncée du temps de pose, jusqu’à un facteur deux, joue pour sa part sur les moyens mobilisés en toiture. Enfin, associer le photovoltaïque à une réfection d’étanchéité déjà nécessaire permet d’étudier les dépenses à l’échelle d’une opération coordonnée, en distinguant le coût de rénovation du toit et l’investissement supplémentaire lié à sa solarisation.
C’est donc l’ensemble du projet qui doit être examiné : achats d’électricité évités, recettes éventuelles du surplus, travaux de structure évitables, organisation du chantier et charges d’exploitation sur la durée. La présentation apporte une analyse des leviers économiques, sans fournir un prix complet d’installation ni un temps de retour chiffré pour un projet type. La rentabilité reste à établir bâtiment par bâtiment.

Les ordres de grandeur avancés par les partenaires donnent la mesure de leur ambition : environ 70 millions de mètres carrés de toitures logistiques, 20 millions dans la distribution et 200 millions de mètres carrés de toitures étanchées anciennes présentées comme restant sans solution adaptée. Ces chiffres décrivent des périmètres susceptibles de se recouper et ne doivent pas être additionnés pour constituer un total de marché.
Le support estime également qu’environ 10 millions de mètres carrés de toitures par an pourraient bénéficier du solaire. Ce potentiel annoncé ne constitue pas un volume de commandes acquis. Chaque bâtiment reste soumis à un examen technique et économique. Mais l’ampleur des surfaces concernées indique que la question dépasse largement un marché de niche.
Pour les architectes et les bureaux d’études, elle ouvre un champ de prescription associant enveloppe et énergie. Pour les propriétaires, elle permet d’envisager la rénovation de leur toiture comme un investissement susceptible de contribuer à la maîtrise des dépenses électriques.
Pour les abonnés de Batimédia qui interviennent déjà sur les toitures-terrasses, l’opportunité mérite une attention particulière. Les étancheurs connaissent les supports, les isolants, les points singuliers et les contraintes de circulation en toiture. Ils sont souvent les premiers à constater le besoin de réfection et disposent déjà de la relation avec le propriétaire ou l’exploitant.
Le support de conférence prévoit que la pose des panneaux puisse être réalisée par des étancheurs ou des entreprises photovoltaïques. La formation au procédé, organisée chez HELIUP ou dans un centre Holcim, est annoncée sur une journée, avec une attestation individuelle et nominative.
Cette formation facilite l’apprentissage du système. Elle ne confère pas, à elle seule, toutes les compétences nécessaires pour concevoir et raccorder une installation électrique photovoltaïque. Une entreprise d’étanchéité peut en revanche élargir son offre en prenant en charge la préparation de la toiture et la pose des modules, avec un partenaire compétent pour les études électriques, les raccordements et la mise en service, selon les responsabilités convenues.
Le prolongement commercial est naturel : à un client qui doit refaire son étanchéité, proposer d’étudier également la production d’électricité. L’entreprise intervient sur le même bâtiment, auprès du même interlocuteur, à l’occasion du même investissement de rénovation. La formation, l’organisation des partenariats et l’adaptation de l’assurance rendent cette extension concrète.
Le début du débat pouvait sembler paradoxal : tant de toitures disponibles, et tant de difficultés à les équiper. La conclusion est plus encourageante. En réduisant une contrainte majeure, les solutions photovoltaïques légères peuvent ouvrir un marché important sur le parc existant. Pour les professionnels de l’étanchéité, ce marché est à portée de leur activité actuelle : ils disposent déjà d’une grande partie du savoir-faire et de l’accès aux chantiers. À eux de compléter cette base pour intégrer la solarisation des toitures dans leur périmètre.

